Achats responsables et RSE : intégrer la durabilité dans sa fonction achats

Achats responsables & RSE Okaveo

La fonction achats est devenue un maillon central des démarches RSE. Pour une raison simple : une part majeure de l’empreinte environnementale et sociale d’une organisation se joue chez ses fournisseurs, pas dans ses propres murs. Intégrer la responsabilité sociétale dans ses achats n’est donc plus une option de communication, c’est un levier de conformité, de gestion des risques et de performance durable. Voici comment structurer cette démarche en cette année 2026.

Qu'est-ce que les achats responsables ?

Un achat responsable est un achat de biens ou de services sélectionné pour minimiser ses impacts environnementaux, sociaux et économiques négatifs, sur l’ensemble du cycle de vie du produit ou du service, tout en favorisant les bonnes pratiques éthiques et le respect des droits humains.

 

Concrètement, cela revient à intégrer trois dimensions dans chaque décision d’achat :

  • Environnementale : empreinte carbone, consommation de ressources, gestion des déchets, biodiversité
  • Sociale : conditions de travail, droits humains, insertion, achats auprès du secteur adapté ou de l’économie sociale et solidaire
  • Gouvernance : éthique, lutte contre la corruption, transparence de la chaîne d’approvisionnement

 

C’est la traduction, dans la fonction achats, des enjeux ESG (Environnement, Social, Gouvernance) qui structurent aujourd’hui la RSE.

ISO 20400 : le cadre méthodologique de référence

La norme ISO 20400, publiée en 2017, constitue le cadre international de référence pour structurer une démarche d’achats responsables. Elle est la déclinaison, spécifique à la fonction achats, de la norme ISO 26000 qui définit le périmètre global de la RSE.

 

Un point essentiel à retenir : ISO 20400 n’est pas une norme certifiante. Aucune entreprise ne peut être « certifiée ISO 20400 » au sens strict. Il s’agit de lignes directrices, d’un référentiel méthodologique qui aide à structurer sa démarche, pas d’un label.

 

La norme s’articule autour de trois idées structurantes : la prise en compte des parties prenantes (clients, fournisseurs, territoires), l’approche cycle de vie (mesurer les coûts et impacts du berceau à la fin de vie), et la diligence raisonnable (identifier, prévenir et réduire les risques RSE chez les fournisseurs).

 

Pour aller vers une reconnaissance formelle, c’est le label RFAR (Relations Fournisseurs et Achats Responsables), délivré par l’État français, qui valide la mise en œuvre effective des pratiques. Norme et label sont complémentaires : la première fournit la méthode, le second atteste des pratiques concrètes.

Cadre réglementaire 2026 : ce qui a changé

Le paysage réglementaire des achats responsables a connu un bouleversement majeur début 2026. Il est indispensable de connaître les règles réellement applicables aujourd’hui, car elles diffèrent sensiblement de ce que prévoyaient les textes initiaux.

La directive Omnibus rebat les cartes

Adoptée définitivement le 24 février 2026, la directive Omnibus I a profondément revu à la baisse le périmètre des obligations de reporting de durabilité. Le seuil d’assujettissement plein à la CSRD est désormais fixé aux entreprises dépassant cumulativement 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net. Résultat : selon les estimations, environ 80 % des entreprises initialement concernées sortent du champ de l’obligation légale.

 

Cela ne signifie pas la fin des achats responsables, loin de là. Cela signifie que pour une majorité d’ETI et de PME, la pression ne vient plus du texte de loi lui-même, mais de la demande de preuve qui continue de croître du côté des clients, des banques, des assureurs et des appels d’offres.

CSRD et reporting extra-financier

Pour les entreprises qui restent assujetties, la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose la publication d’un rapport de durabilité normalisé, s’appuyant sur les standards ESRS, eux-mêmes allégés d’environ 70 % de leurs indicateurs par la réforme de 2025-2026. La fonction achats y joue un rôle direct : c’est elle qui collecte auprès des fournisseurs une part importante des données nécessaires, notamment sur les émissions de Scope 3.

Devoir de vigilance (CS3D)

La directive sur le devoir de vigilance (CS3D) impose aux plus grandes entreprises d’identifier, prévenir et réduire les atteintes aux droits humains et à l’environnement sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. Après la réforme Omnibus, son seuil est porté à 5 000 salariés et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, avec un calendrier de mise en conformité échelonné jusqu’à 2029.

Un point de vigilance nouveau : le « value chain cap »

La réforme introduit une protection pour les petits fournisseurs. Une clause contractuelle demandant à un fournisseur de moins de 1 000 salariés des informations RSE excédant le référentiel simplifié VSME peut désormais être considérée comme nulle. Pour les directions achats, cela impose de revoir ses questionnaires fournisseurs et ses clauses contractuelles RSE, afin de ne pas exiger de ses petits partenaires des données qu’ils sont en droit de refuser de fournir.

SPASER pour les collectivités

Dans le secteur public, les collectivités et acheteurs publics dépassant un certain volume d’achats annuels restent tenus d’adopter un SPASER (Schéma de Promotion des Achats publics Socialement et Écologiquement Responsables), qui fixe des objectifs concrets d’achats durables. Cette obligation s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement des critères environnementaux dans les marchés publics.

Comment intégrer la RSE dans ses achats ? La démarche en 4 étapes

1. Définir sa politique d'achats responsables

Tout commence par une charte et des objectifs clairs, portés par la gouvernance. Cette politique fixe le cap, les priorités (carbone, social, local, ESS) et les règles du jeu pour l’ensemble des acheteurs. Sans sponsor exécutif et sans objectifs mesurables, une démarche RSE achats reste déclarative.

2. Intégrer des critères RSE dans les consultations

C’est le levier le plus direct. Introduire des critères environnementaux et sociaux pondérés dans vos consultations RFI, RFP et RFQ, exiger des preuves proportionnées au niveau de risque, privilégier les fournisseurs locaux pour réduire l’empreinte carbone : la sélection fournisseur devient le premier outil d’action. Attention à calibrer ces exigences selon la taille du fournisseur, pour rester conforme au nouveau cadre Omnibus.

3. Évaluer la performance RSE des fournisseurs

La sélection ne suffit pas, il faut suivre dans la durée. Cela passe par des scorings externes reconnus comme EcoVadis, des questionnaires déclaratifs standardisés, la collecte d’attestations et de certifications (ISO 14001, ISO 45001), et des audits pour les fournisseurs les plus critiques. En cas d’écart, un plan de progrès assorti d’objectifs, de délais et de preuves attendues permet de faire évoluer le fournisseur sans rompre immédiatement la relation, sauf cas critique.

4. Piloter et mesurer

Une démarche RSE se pilote avec des indicateurs. Les KPI clés côté achats : part des fournisseurs évalués sur des critères RSE, émissions de Scope 3, part des achats réalisés auprès de PME ou de l’ESS, taux de couverture des familles d’achats par des critères durables. La discipline de la donnée (définition, source, méthode de calcul, fréquence, justificatif pour chaque indicateur) est ce qui distingue les organisations matures.

Où l'approche par le risque rejoint la démarche RSE

Les achats responsables ne se traitent pas fournisseur par fournisseur de manière uniforme. La logique de segmentation qui structure déjà votre stratégie achats s’applique directement ici : vos fournisseurs stratégiques et critiques, ceux qui pèsent le plus dans vos volumes ou présentent le plus de risques, sont ceux sur lesquels concentrer l’effort d’évaluation et de plan de progrès RSE. C’est exactement la logique de la matrice de Kraljic, appliquée cette fois au filtre de la durabilité.

 

De la même façon, l’évaluation RSE n’est pas un processus isolé : elle s’intègre naturellement à votre dispositif global d’évaluation fournisseurs, comme un critère supplémentaire dans une grille multicritères plutôt que comme une démarche parallèle. Cette intégration évite de multiplier les sollicitations auprès des fournisseurs et fiabilise la collecte de données pour votre reporting.

Achats responsables et logiciel achats : centraliser la donnée RSE

Le principal frein à une démarche RSE achats mature n’est pas le manque de volonté, c’est la fragmentation de la donnée. Questionnaires fournisseurs dans un tableur, scores EcoVadis dans un autre, attestations dans une boîte mail, objectifs dans une présentation : difficile de piloter dans ces conditions, et plus encore de produire un reporting fiable et auditable.

Un logiciel achats permet de centraliser la collecte des données RSE fournisseurs, d’intégrer les critères durables dans les consultations et les grilles d’évaluation, et de suivre les indicateurs dans le temps. Cette centralisation transforme une contrainte de conformité en un pilotage structuré, avec une piste d’audit probante à chaque niveau.

Okaveo permet d’intégrer les critères RSE tout au long du cycle Source-to-Contract, du sourcing à l’évaluation fournisseur, pour que la donnée durable soit collectée à la source et exploitable pour votre reporting.

FAQ : Achats responsables et RSE

Qu'est-ce que les achats responsables ?

Ce sont des achats sélectionnés pour minimiser leurs impacts environnementaux, sociaux et économiques négatifs sur tout le cycle de vie, tout en favorisant l’éthique et le respect des droits humains.

C’est la norme internationale de référence sur les achats responsables, publiée en 2017. Elle fournit des lignes directrices méthodologiques mais n’est pas certifiante : on ne peut pas être « certifié ISO 20400 ».

En introduisant des critères environnementaux et sociaux pondérés dans la consultation, en exigeant des preuves proportionnées au risque et à la taille du fournisseur, et en valorisant les certifications reconnues.

Les principaux indicateurs sont la part de fournisseurs évalués sur des critères RSE, les émissions de Scope 3, la part d’achats auprès de PME ou de l’ESS, et le taux de couverture des familles d’achats par des critères durables.

La fonction achats collecte auprès des fournisseurs une part importante des données nécessaires au reporting CSRD, en particulier sur les émissions de Scope 3. Depuis la réforme Omnibus 2026, seules les entreprises dépassant 1 000 salariés et 450 M€ de CA restent pleinement assujetties.

Sources

  • AFNOR, « Achats responsables – ISO 20400 »
  • Décision-achats.fr, « Conformité CSRD, devoir de vigilance : comment naviguer dans le nouveau paysage 2026 » (3 juin 2026) 
  • Décision-achats.fr, « Structurer une démarche de conformité CSRD et devoir de vigilance » (3 juin 2026) 
  • Directive (UE) 2026/470 (Omnibus I), adoptée le 24 février 2026, publiée au JOUE le 24 février 2026

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